InstagramSubstackSoundCloud

IMMATERIAL SUBLIME
Film-essai spéculatif, 2025
10 minutes, animation 3D, son
Voix Nabila Nernada · Pièce sonore Leonore Brunner · Textures sonores Max Frimout

La purification est le retrait des impuretés d’un matériau, jusqu’à ne laisser que l’élément.

Je pense la matière comme on peut penser une âme, à travers ses états, ses modifications, son mouvement vers la perfection.

Immaterial Sublime est un film-essai spéculatif qui suit la silice de quartz de la montagne à la puce électronique. Le sable est soulevé du sol de la carrière, fondu, réduit, raffiné en polysilicium, tiré en un cristal unique, tranché en la galette qui existe à l’intérieur de chaque appareil technologique.

Le quartz se détache lentement du granit. L’eau travaille la roche pendant des centaines de millions d’années et emporte tout ce qui se dissout, jusqu’à ce qu’il ne reste que le minéral le moins disposé à changer. Le sable est ce qui demeure quand tout ce qui était plus tendre est parti. Un grain est déjà l’archive de cette patience. La pureté est une condition que l’industrie produit, et que le sol n’a aucune raison d’atteindre de lui-même. Pour purifier la pierre, nous la détruisons d’abord. Le four la réduit, le silicium devient gaz et revient à l’état solide avec un atome étranger sur dix milliards. Il cesse d’être une pierre pour devenir un élément. Fondu à nouveau, tiré vers le haut depuis un germe et tournant en s’élevant, il se rassemble en un cristal unique, tranché en galettes et poli jusqu’à ce que la surface reflète. Le sol devient miroir.

Dans The Marvelous Clouds, Toward a Philosophy of Elemental Media, John Durham Peters écrit que les éléments eux-mêmes sont des médias. La terre, l’eau, le feu portent du sens avant tout appareil technologique. La pierre est déjà un médium dans le sol. La purification est alors le passage d’un type de médium à un autre. J’y vois un geste de l’esprit. Le contrôle comme désir, la perfection comme effacement.

Le sable perd son nom une étape à la fois. Quartz, silice, trichlorosilane, polysilicium, lingot, galette. Ce que des éons ont fait devient une marchandise, évaluée pour ce qu’elle peut transporter. Chaque grain garde des éons dans son réseau cristallin, les appareils parlent dans la durée d’une impulsion électronique. Le film existe dans l’interstice, un espace entre, dans l’intervalle entre le géologique et le technologique.

Les défauts ont la montagne en mémoire.

Qu’est-ce qui est perdu, et qu’est-ce qui est seulement transformé, dans la rencontre entre l’histoire minérale profonde et la production technologique?

« Par l’image se maintient une conscience de l’infini. L’éternel dans le fini, le spirituel dans la matière, l’illimité mis en forme. »

Œuvre présentée à Radica Cultures of Change, 2026.